La grande affaire de la matinée, s'immerger dans le marché du quartier de Go Vap situé à même pas cinq minutes à pied de la maison.
La Babylone de tout ce qui est comestible, fruits, légumes, tout possède deux pattes ou quatre, tout ce
que l'on peut engloutir excepté les tables et les chaises, ce qui vole dans le ciel et ce qui flotte sur la mer, comme on dirait en Chine.
Approche du Têt oblige, on peut lire sur ces pastèques de droite à gauche bonheur, prospérité et longévité. On est forcement tenté d'acheter les trois.
Pour le bun bô puisque c'est bien de ce plat totémique dont il s'agit aujourd'hui, on commence
par l'ail et les oignons qu'il s'agira d'émincer très fins et de faire frire avec la citronnelle.
Une fois que l'affaire commence à prendre (cette odeur divine qui embaume soudainement la pièce) on ajoute l'émincé de bœuf, une pincée de sel et l'incontournable cube Knorr.
Ayant épuisé hier soir le stock d'ail au vinaigre maison, on se rapprovisionne sans difficulté auprès d'un marchand spécialisé dans les légumes vinaigrés et en saumure. Une fois de retour à la maison on sectionnera l'ail en deux dans la longueur et on ajoutera dans un récipient deux variétés de carottes (orange et blanche), de l'eau et un soupçon de vinaigre blanc. En parallèle on commence de préparer la sauce qui va venir nourrir les bun, ces succulents vermicelle de riz blancs comme neige, en portant à ébullition de l'eau, du sucre auxquels on ajoute la sauce poisson. Enfin, dans une coupelle on verse le piment frais haché très fin.
Au moment de servir, on garni le fond du bol de germes de soja, d'une poignée de feuilles de salade et de menthe sectionnées au ciseau puis au moment de servir on se gardera d'oublier (comme ce fut notre cas) la jubilatoire cuillère de cacahuètes concassées et torréfiées dans la matinée. Ça paraît simple et exquis? Ça l'est.
A peine englouti le bol, on file retrouver Phong non loin de là, un ancien mannequin reconverti dans les affaires, heureux propriétaire de deux commerces plutôt florissants (une boutique de vêtements et ce café qui précise-t-il a lui seul rapporte la bagatelle de 100 dollars par jour).
Phong qui a déjà dans son collimateur d'autres investissements est surnommé par ses amis Tho (lapin) du fait de son extrême gentillesse et de sa grande douceur.
Le soir, c'est une spécialité propre au sud, très populaire dans le delta et familière des ménages, un de ces plats qui n'a pas la faveur des restaurants et donc relativement rare à l'extérieur. Ca muoi sa ot, autrement dit, mot à mot, poisson/sel/citronnelle/piment.
Très simple à réaliser, il suffit de faire mariner des morceaux de poisson préalablement incisés avec de la citronnelle, de l'oignon, de l'ail tous trois scrupuleusement hachés, d'ajouter du sel, du poivre, du piment et, ingrédient indispensable, de la poudre de curcuma.
On mélange, on laisse travailler une petite demi heure puis on poêle à feu très doux jusqu'à ce que l'extérieur soit bien croustillant; et sans modération on savoure.






