Samedi 2 février 2013
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On se pincerait presque pour le croire. Les rues de Phnom Penh vides de ses habitants et de ses véhicules, ses larges
avenues où rien ne s'engouffre qu'un peu de poussière et un vent brûlant pareil à celui du désert (le mercure s'affole et franchit la barre des 35 degrés). Ce n'est pas la scène surréaliste d'un
mauvais rêve ni un scénario catastrophe, le énième tournage d'un film sur l’évacuation de force de la capitale et de ses quasi deux millions d'habitants, ce jour funeste du 17 avril 1975 où Phnom
Penh tomba dans les mains des Khmer rouges et se mua en ville fantôme pendant exactement 3 ans, 8 mois et 20 jours.
Tout s’explique. Hier matin a débuté la seconde période de deuil de 7 jours, soit le tout premier des funérailles qui
coïncide avec la crémation du roi Sihanouk décédé le 15 octobre à Pékin.
Visible sur tous les écrans de télévision du pays, également à l'aéroport de Siem Reap où j'ai pu suivre en direct une
petite partie des cérémonies, la procession funèbre aura vu en matinée se déverser dans le centre de Phnom Penh entièrement bouclé à la circulation, une véritable marée humaine qui a reflué comme
un seul homme en début d'après midi après que la grande marche funéraire a accompagné la dépouille du roi du Cambodge du palais royal à l'esplanade du musée national où a été bâti pour la
copieuse somme de 5 millions de dollars (source officielle du cabinet royal) le site de crémation qui accueille désormais les cendres royales.
A mon arrivée, le centre était encore fermé à la circulation et la plupart de ses restaurants et commerces également, d'où
cette ruée de certains expatriés les jours précédents vers les magasins d'alimentations et les produits de première nécessité, incités par plusieurs circulaires dont celle de l'ONU ayant mis en
garde le personnel de ses agences du Cambodge contre de probables pénuries et les invitant par exemple à stocker un maximum d'eau minérale.
On attendait 1 million de participants, ils étaient 1,5, voir 2 ont annoncé certains journaux qui ont manifestement perdu
le sens des réalités. Après les festivités, dans la rue, au cœur même de ce silence assourdissant auquel jamais encore je n'ai goûté dans une capitale asiatique, c'était comme d'être seul au
monde, rescapé parmi une poignée d'habitants.
Le ruban verdâtre du Tonlé Sap, lui aussi était condamné au silence, sur lequel plus aucun bateau ne circulait. Quant à la
promenade qui quelques heures encore auparavant devait être noire de monde, c'est à peine si on y croisait âme qui vive.
Le roi sera incinéré après demain, le 4
février. En attendant, la ville nous est grande offerte, servie sur un plateau. Au cours d'une ballade on ferait bien de s'arrêter déguster la meilleure crêpe vietnamienne (banh xeo)
qu'il m'ait été donné de goûter de toute mon expérience (Vietnamienne y compris !).
Oubliez les crêpes étouffe chrétien, malingres et luisantes de graisse du quartier chinois parisien et plus spécialement du
surestimé Bambou, et admirez plutôt ce monument d'envergure époustouflante, ce paquebot croustillant à merveille avec sa pâte d'une légèreté désarmante, parfumée à ce je ne sais quoi qui la rend
exceptionnelle. Du grand, du très grand art.
Magnolia
55 rue Pasteur, angle rue 242
www.magnolia.com.kh