J'aime les bord du fleuve de la Chao Praya, surtout en fin de journée, lorsque la lumière est aussi belle que celle du matin. Autour du quartier de Talat Noi, on passe sans transition d'une église anglicane en excellent état à de splendides maisons traditionnelles, d'entrepôts désaffectés, héritage du temps ou des marchandises exotiques étaient déchargées sur les docks du port de Bangkok, à des palais néo classiques agonisant lentement au bord de l'eau; d'hôtels de luxe en écoles, de pensionnats en ruelles qui rappellent les hutong de Pékin, avec leur vie de quartier, leur ambiance de village.
Flâner dans ce quartier qui se goûte à n'importe qu'elle heure du jour comme le spectacle y est changeant, toujours renouvelé, c'est un peu croquer dans un mille-feuilles.
Bruyant, laborieux mais surtout impressionnants avec leurs montages de métaux, les ateliers d'usinage occupent une bonne partie du quartier, qui continuent sans relâche d'y injecter de la vie dont le sanctuaire chinois, l'un des plus vieux de Bangkok, le San Jao Sien Khong serait le cœur et le fleuve son poumon.
De la vie à la mort il n'y a qu'un pas, comme me l'apprend une visite à la très médiatique et discutable
Ruam Katanyu Foundation, laquelle s'appuyant sur ses rescue men - tous bénévoles et désireux d’engranger du mérite en vue de leur existence prochaine, qu'on appelle aussi
bodysnachters ou les anges de la mort - s'est donnée pour mission de porter secours aux accidentés de la route.
Commerce des morts qui peut intriguer voir faire grincer plus d'un de nos étroits esprits occidentaux, la capitale compte plusieurs de ces fondations rassemblant des milliers de membres, dont l’œuvre si elle louable parce qu'empêchant les âmes de ceux qui ont péri de mort violente d’errer éternellement et de venir asticoter les vivants, n'est pas entachée de scandales. En ligne de mire, la présence problématique dans ce qu'il faut bien appeler un juteux business, de la mafia thaïlandaise, sans oublier les intimidations et menaces verbales si ce n'est les fréquentes échauffourées qui tournent souvent en sanglants règlements de compte, entre membres de fondations rivales lesquelles patrouillant en camionnette dans les rues de la ville les oreilles suspendues aux fréquences des ambulances, des pompiers et des policiers, se livrent à une véritable compétition afin d'arriver les premiers sur les lieux et d'enlever au plus vite les accidentés, trépassés ou non, pour les rapatrier aux urgences, dans le meilleur des cas, court-circuitant ainsi le travail des hôpitaux, cela dit sérieusement dépassée par l'ampleur de la tâche et y trouvant finalement son compte.
Aussi est-on moyennent étonné que la Ruam Katanyu Foundation ait élu domicile dans l'enceinte du temple de Hualamphong, ce jour là en fête.
On l'est un peu plus lorsqu'on avise le bureau des donations pour les cercueils susceptibles d’accueillir les cadavres de la route fraîchement livrés par les équipes de rescue men, et c'est justement lorsque plus rien ne commence à nous surprendre qu'on tombe incrédule sur un distributeur de billets fiché au beau milieu de l'enceinte du temple.
La belle leçon qui nous rappelle qu'ici mort et argent ne sont pas des sujets taboux. Sujet qu'on aura tout le loisir de méditer devant une soupe avalée sur un bout de trottoir face à un grand hôtel comme la ville en compte tant.
Ruam Katanyu Foundation
Sur Rama IV road, près station MRT: Sam Yan
A proximité du Montien Hotel et dans le temple de Hualamphong