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Cuisine Japonaise

Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 17:54

Wa 1

«La nourriture occidentale, accumulée, dignifiée, gonflée jusqu'au majestueux, liée à quelque opération de prestige, s'en va toujours vers le gros, le grand, l'abondant, le plantureux; l'orientale suit le mouvement inverse, elle s'épanouit dans l'infinitésimal: l'avenir du concombre n'est pas son entassement ou son épaississement, mais sa division, son éparpillement ténu (…). Tout y est ornement d'un autre ornement; d'abord parce que sur la table, sur le plateau, la nourriture n'est jamais qu'une collection de fragments, dont aucun n’apparaît privilégié par un ordre d'ingestion: manger n'est pas respecter un menu (un itinéraire de plats), mais prélever, d'une touche légère de la baguette, tantôt une couleur, tantôt une autre, au gré d'une sorte d'inspiration qui apparaît dans sa lenteur comme l'accompagnement détaché, indirect de la conversation. (…) L'alimentation reste empreinte d'une sorte de travail ou de jeu, qui porte moins sur la transformation de la matière première (…), que sur l'assemblage mouvant et comme inspiré d’éléments dont l'ordre de prélèvement n'est fixé par aucun protocole (…): tout le faire de la nourriture étant dans la composition, en composant vos prises, vous faites vous même ce que vous mangez.»

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L'Empire des signes de Roland Barthes fait partie de ces livres de chevet qu'on ne finit jamais de relire, qui sont plus que des compagnons de route et qui depuis ce jour où ils sont entrés dans votre existence font véritablement corps avec vous, tels des amants unis pour l'éternité. Il en va ainsi de l'Empire des signes mais aussi de l’Éloge de l'ombre de Tanizaki, des rêveries d'Osamu Dazai, dont les relectures me semblent sans fin.

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Aussi, lorsqu'un jour de grand vent je m'attable au comptoir minuscule de ce non moins minuscule restaurant japonais de seulement 8 couverts, annexe de l'étoilée Aida, faisant office l'après-midi de salon de thé, il est tout naturel que m'apprêtant à glisser mes baguettes en bois colorées extrêmement fines et légères dans mon bento à double compartiment, remontent à la surface des fragments de texte de l'illustre sémiologue qui ne tardent pas à fusionner avec certaines réflexions que pouvait tenir Tanizaki sur la laque.

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Ce jour-là la petite boite repas était d'une grande sobriété, divisée en deux segments - viande et poisson -, sans artifice, impressionnant par la seule justesse de ses cuissons, la finesse et le fondant de ses produits (dorade basque, veau et filet de bœuf du limousin grillés, sashimi de daurade, de bonite et de bar de ligne), lamelles de concombre en saumure, gingembre frais, salade et algues tsukemono. On a connu assemblage plus recherché, plus avenant et néanmoins je tombe sous le charme, ravi malgré moi.

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La formule à 32 € inclut en plus d'un thé (un hoji cha) un dessert imposé qui m'offre enfin l'occasion d'apprécier le grand point fort de la maison.

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La spécialité maison, ce dorayaki dont les deux sortes de crêpes à base de farine de blé enveloppant une garniture de pâte de haricot rouge sucrée maison sont cuites sous mes yeux par Murata Takanori sur plaque chauffante, provoque en moi un sentiment proche de l’extase, une fois ajoutés une couche de mascarpone et des fraises, quand en bouche entremêlent le chaud et le froid, se superposent les différentes textures et s'affirme chaque arôme. Wa 5Un pur délice dégusté dans une ambiance plus confidentielle et reposante que le pâtissier japonais historique Toraya, bruyant, suffisant et triste à mourir au delà du possible; qui donne immédiatement envie de goûter chacune des pâtisseries de saison chacune fourrée aux azuki, préparées quotidiennement par Murata Takanori.

Comme ce très intriguant mugite mochi (mugite signifiant blé, et mochi riz gluant, nous apprend la disponible et très attentive hôtesse des lieux), une pâtisserie au riz gluant qui renvoie à la forme des doigts agrippant les épis de blé lors de la récolte.

Wa 7

Ce kashiwa mochi, très populaires chaque 5 mai au Japon, à l'occasion de la fête des garçons. Kashiwa désigne cette feuille de chêne qui enveloppe la boule de riz gluant fourrée aux haricots rouges et symbolise la prospérité.

Wa 6

Un autre wagashi incontournable aux moments des grands événements comme les mariages, les naissances; le joyo manju, préparé à base de farine d'igname et cuit à la vapeur.

Wa 8

Le warabi mochi, confectionné à partir de farine de fougère (warabi) et saupoudré de kinako, de la farine de soja.

(Wa 6)D'autres douceurs font leur réapparission aux le premiers jours de printemps, comme ce wagashi en forme de clématite.

Wa 9

Le kinton, le spectaculaire wagashisi ébouriffé dont l'apprentissage nécessite plusieurs années.

Wa 10

Enfin, les fameuses gaufrettes en forme de lapin qui ravissent les petits comme les grands.

Wa 11

 

Walaku

33 rue Rousselet

75007 Paris

01 56 24 11 02

Réserver impérativement la veille.

 

Par Foodinandout - Publié dans : Cuisine Japonaise
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 11:13

Yasu-1-copie-1.JPG

La grande particularité de la minuscule maison de thé de Yasu Kakegawa ouverte il y a quelques mois dans le sillage massif et coloré du Centre Pompidou et ce qui la rend unique, précieuse, sinon déjà incontournable, est de proposer une sélections de thé verts uniquement issus de la première cueillette de printemps (l'ichiban cha ou first flush), très prisée des amateurs pour sa portée symbolique (l'intérêt quasi maniaque que portent les japonais au renouveau des saisons qui offre chaque fois l'occasion d'embrasser pleinement la nouveauté, de redonner à notre existence un nouvel élan vital, bref, de boire le thé avec une bouche vierge), mais appréciée également pour ses vertus revivifiantes, ses arômes frais et fruités.

Yasu 8

Autre cheval de bataille de cette boutique de poche, et pas des moindres, mettre en lumière les récoltes de petits producteurs (dont le visage de certains, voir la parcelle sont reproduit au dos des paquets conditionnés sur place afin de garantir au maximum la fraîcheur des feuilles) cultivant un thé issu d'un cultivar autre que le yabukita qui trust à lui tout seul 80% du marché. Œnologue à ses heures, pâtissier de formation passé par la Maison du Chocolat, Yasu Kakegawa est naturellement sensibilisé au cépage, soit le cultivar dans le jargon du thé, chacun ayant ses caractéristiques propres et une incidence sur la qualité de la plante (pour l'anecdote on trouvera par exemple dans la boutique une récolte issue de théiers hybrides - shizu-inzatsu - ).

Yasu 2

On repousse à peine la porte qu'on est instantanément convié à savourer une sélection de thés emblématiques de la maison comme ce Shigeta genmaicha dont le riz grillé utilisé est loin d'être quelconque puisqu'il s'agit d'un riz de la variété Koshihikari, le milky queen, une appellation qui nous fait sourire tous les deux. En réalité on l'appelle ainsi en raison de sa couleur laiteuse.

 

Yasu 3

Nous goûtons ensuite un Kengo Kanaya midori, du nom de son propriétaire, âgé d'une petite trentaine d'années qui en cultive de minuscules parcelles sur l'île de Honshu. Son thé est fruité et curieusement gagne en puissance, en rondeur au fur et à mesure des infusions.

Yasu 4

La méthode de préparation de Yasu Kakegawa n'est pas si courante, puisqu'il choisit de porter à ébullition son eau (minérale, exclusivement de la Mont Roucous en raison de sa très faible minéralité) dont il préfère faire baisser la température au moyen d'un pot à refroidir, ce qui requiert beaucoup de vigilance ainsi qu'un grand savoir faire.

Yasu 5

C'est au tour du Tsukiji Yamakai qui a la particularité d'être produit en très petite quantité, soit à peine 20 kilos par an dont par bonheur Yasu Kakegawa parvient à mettre la main sur quelques lots. Ce grand cru se caractérise par des notes iodées et nous en savourons d'abord la liqueur après que mon hôte ait versé simplement un peu d'eau froide dans une coupelle tapissées de jolies aiguilles d'un vert vif qu'il laisse infuser deux bonnes minutes.

Yasu 6

On recueille le nectar dans notre minuscule tasse préalablement rincée à l'eau chaude, soit à peine un fond aux arômes herbeux qui se déguste comme un alcool.

Yasu 7

L'un des grands atouts de cette nouvelle boutique de thé est qu'il est aisé de se procurer des thés haut de gamme en sachet de 10 grammes, privilège impensable dans les autres maisons. Du coup, on peut déguster chez soi et sans se ruiner une belle sélection de grands crus, sans compter qu'on peut faire plaisir à une personne qui partage notre passion en lui expédiant un sachet. En effet, le dos de dernier est conçu comme une carte postale (le petit détail pour lequel le Japon restera toujours le Japon).

 

Yasu Kakegawa

12 rue Simon Le Franc

75004 Paris

01 44 61 28 21

www.yasukakegawa.com

 

Par Foodinandout - Publié dans : Cuisine Japonaise
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 13:49

(Yen 1)Il existe une histoire que voici: Oribe, disciple de l'illustre maître de thé Rikyû, tenant un bol coréen entre ses mains qu'il estime «mou» et «manquant de tension», le laisse volontairement échapper et se briser. Une fois rassemblés puis recollés les morceaux, son visage se fend d'un large sourire: il est satisfait au delà de ses espérances.

Rikyû lui même n'hésitait pas à bouleverser l'harmonie de salons dédiés à la cérémonie du thé, quitte à choquer, quand il ne commettait pas de petits attentats sur des bols trop lisses, trop exemplaires qui ne concentraient et ne transmettaient pas assez selon lui les émotions de son temps, celles de la nature et de son créateur. Aussi, vouait-il un culte à la dissymétrie, aux irrégularités, bref à l'imperfection, à la déformation, au nom du culte de l'imparfait à l'intérieur duquel, en dépits des apparences, souffle également la force vitale, éclatante et invincible.

L'année de l'ouverture de Yen (au siècle dernier), je me souviens combien la vaisselle m'avait ému du fait des irrégularités de ses bols, de ses rondeurs abruptes, ses courbes inégales, toutes ces craquelures que je retrouvai tant sur les assiettes creuses que sur les bols ou les pots, comme ces coulures blanches sur certaine tasse qui est restée fixée à jamais sur ma rétine.

Yen 2

Sans en avoir conscience, c'était là ma première rencontre avec cette technique d'émaillage coréenne, le raku (le bonheur dans le hasard) ou l'imperfection fait la beauté et qui s'inscrit dans le concept esthétique du wabi-sabi.

Ainsi, bien des années plus tard, je retrouvais le cadre épuré et inchangé de Yen, toujours aussi réputé à Paris pour ses soba (pâtes fines préparées à partir de farine de sarrasin) que Kunitoraya pour ses udon ou Nodaiwa pour ses anguilles grillées.

(Yen 3)La carte m'apprenait que les tarifs n'avaient pas dégonflé avec le temps, quand un rapide coup d'oeil révélait un service de table quelconque, sans l'ombre d'une histoire et encore moins d'un défaut. Un bref échange avec l'une des serveuses confirmait que la farine restait française, le sarrasin importé de l'île d'Hokkaido, quand un coup d’œil jeté à cette pièce vitrée minuscule donnant sur la rue Saint Benoît révélait un cuisinier à l’œuvre, travaillant la pâte, tranchant des lamelles n’excédant pas deux millimètres de diamètre, suspendues quelques secondes au bout de ses doigts afin de les débarrasser de l’excédant de farine, puis rangées délicatement dans une jolie boite laquée rectangulaire.

Yen 4

On continuait de servir les soba sur une assiette en bambou tressé, que je n'ai jamais autant apprécié que froides, lesquelles restaient incomparables avec toutes celles goûtées à Paris, parce que préparées de manière artisanale et avec le plus grand soin.

Yen 5

Ces soba, je les choisis accompagnées d'une petite sélection de tempura à la panure très fine et néanmoins délicieuse. Une fois la dégustation terminée, c'était exactement comme dans mon souvenir, lorsqu'on nous apportait une théière émaillée contenant le bouillon de cuisson des soba qu'on versait dans le reste de la sauce soja dans lequel on avait trempé avec gourmandise les pâtes.

Yen-6.JPGEt c'était la même appréhension suivie du même plaisir à la fin, comme si en réalité rien n'avait changé, sinon que le passé et le présent étaient à jamais solidement imbriqués l'un dans l'autre.

 

Yen

22 rue Saint Benoît

75006 Paris

01 45 44 11 18

 

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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 16:52

((Nari 1))

Ce n'est pas une raison s'il commence à faire bon et chaud et si le printemps nous saute gaiement au cou pour bouder un grand bol de ramen au bouillon bien épais à base de pâte de soja fermentée et à la ciboulette pimentée (11 €, une misère). D'autant plus qu'une excellente adresse a levé le rideau il y a peu dans le triangle d'or japonais et qui ne désemplit pas de japonais venus s'avaler l'un de ces bols de nouilles de pâte de blé au porc rôti dont la grande spécialité de Naritake est d'y ajouter une louche de graisse de dos de porc dont on précise à la commande la quantité souhaitée en même temps qu'on détermine la cuisson des pâtes.

Nari 2

A l'arrivée, c'est sacrément copieux et roboratif, extrêmement goûteux, quoique salé en diable, autrement dit certainement pas à recommander aux petites natures tant on est à des années lumière du raffinement de la cuisine japonaise et de sa prédilection pour l'unami, laquelle saveur nous semble au regard de ces ramen aussi éloignée que la Terre peut l'être de la Lune. Malgré tout on ne boude pas son plaisir et ce ne sont pas les dizaines de «zuru zuru» enjoués produits avec notre bouche chaque fois que nous aspirons les nouilles tels d'authentiques japonais qui diront le contraire.

 

Naritake

31 rue des Petits-Champs

75001 Paris

Tlj sauf dimanche. 12.00-15.00 et 19.00-22h00

 

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 10:40

(Sanu 1)

Pour ceux que la file interminable s'étirant dès 11h45 devant Kunitoraya désespère et que son concert d'odeurs de cuisine et de vapeurs qui s'agrippent à vous exaspère, le chef Zen Okawa de l’excellent Zen voisin a eu la bonne idée de confier à Arisawa Shunsuke, transfuge justement du très couru Kunitoraya, les clefs de Sanukiya.

Il s'agit rien de moins au cœur de notre Little Tokyo que du nouveau venu sur la planète Udon (et d'entrée de jeu l'un des meilleurs), ces nouilles à base de farine de blé qui trouvent leur origine dans l'île de Shikoku et plus précisément à Marugame et qu'on déguste en soupe chaude, à tremper dans une sauce froide ou bien à arroser de cette même sauce à base de sauce soja et de fond de poisson servie selon sa préférence chaude ou froide (les hiyashi tenpura-udon, mon choix du jour bien senti). Et de constater qu'à peine installé dans la très tranquille rue d'Argenteuil, en retrait de la rue Sainte Anne de l’effervescence de laquelle elle semble préservée par l'avenue de l'Opéra qui agit comme un mur imaginaire, un filtre invisible, Sanukiya fait déjà autorité au point qu'à l'heure du déjeuner on ait la stupéfaction de se découvrir seul gaijin au milieu d'une quantité de salary men attablés à l'un des comptoirs, à défaut de la terrasse particulièrement délicieuse mais déjà prise d’assaut.

Sanu-2.JPG

Et pour cause: cuites al dente, garnies de tempura de légumes et de crevettes légères au beignet croquant et raisonnablement gras, arrosées d'une sauce froide succulente qui sait se fondre dans le plat sans l'emporter nécessairement sur les saveurs, on est immédiatement saisi par cette fraîcheur qui nous traverse le corps, qui nous rafraîchit de l'intérieur et met en joie notre palais.

(Sanu 4)

Sans surprise, l'hiyashi tenpura-udon n'est pas vraiment donné (18 €), qui est en revanche le plus honéreux de la liste, soit le double des hiyashi tanuki-udon, les udon avec beignets natures, ce qui laisse une bonne marche de manœuvre. Enfin, la carte compte bien d'autres spécialités qui méritent également le détour comme les riz garnis, le porc pané, l'omelette japonaise (ici fondante et subtilement sucrée), le poulet frit et une brassée de petites entrées dépaysantes comme les chips de racine de lotus (renkon chips), le soja vert (édamané) ou le tofu frit (agédashi tofu).

 

Sanukiya

9 rue d'Argenteuil

75001 Paris

01 42 60 52 61

 

Par Foodinandout - Publié dans : Cuisine Japonaise
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