27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 15:21

Comp 4

On imagine déjà les bretons hilares, se fendant la poire: «Ah ! Ces parisiens ! Faire tant de manières pour une crêpe ! Tout ce bazar pour une galette aussi indigeste et sèche qu'une feuille de papier kraft ! Bah ! ils nous feront toujours rire !»

Si seulement ils exagéraient... Si seulement... Des adresses seraient «à bannir», la Compagnie figurerait parmi les toutes premières, sinon la première.

Ce n'est pas faute de nous en avoir mis plein la vue avec une déco ravissante signée Pierre-Yves Rochon, jouant sur trois niveaux avec les contrastes noir/blanc, de la cave à cidres attenante jadis au Couvent des Cordeliers, à la salle du premier étage baignée de lumière naturelle à la faveur d'une verrière donnant sur le petit jardin du Cloître. La vaisselle possède le même raffinement, qui flirte avec le luxe, presque un non-sens, une faute de mauvais goût. Et de penser: «pourquoi pas» puis, «à quoi bon» ?

Comp 3

La mode à sa haute couture, la galette possède désormais la sienne. Ça nous dépasse et c'est égal: le projet reste assez excitant quoique intrigant pour que l'on se prête au jeu. Et d'aller voir par nous même ces crêpes saisonnières (pour la moitié d'entre elles) élaborées à partir de produits bretons certifiés bio et signés à tout va de noms illustres et inconnus (la liste est longue, très longue qu'on trouvera reproduite en dernière page de la carte), une pratique qui commence sérieusement à lasser. A quand la bouille d' Ospital, celle de Joël Thiébault figurant face aux intitulés ? Ainsi font les japonais de la petite à la grande surface sur les sacs de riz et quantités d'autres produits. Mais avec humilité, sans jamais chercher à épater le client, à faire chic - les producteurs dont on a reproduit le portrait demeurent pour la plupart d'illustres anonymes que la dernière mode n'éclabousse pas.

La Compagnie de Bretagne c'est un peu l'arroseur arrosé. Olivier Roellinger (dans le rôle du superviseur, soit LA grosse signature, la caution indispensable à une telle entreprise fichtrement coûteuse) et sa clique, souhaitant visiblement se démarquer des crêperies «bretonnantes» jusqu'à en prendre le contre pied total, se fichent en réalité le biniou dans l’œil. D'avoir choisi d'aseptiser l'espace (cuisine «ouverte» mais condamnée par une grande vitre, comme mise sous cloche – ici on chasse aussi bien le bruit que l'odeur..., derrière laquelle s'active une équipe contrainte vue la configuration de la pièce de se tenir de trois-quart ou de dos, classe) n'est pas l'idée la plus malheureuse qui leur est passée par la tête. Les tarifs ne font pas non plus dans la demie mesure, qui vous éclatent au bec, détail le prix à payer pour ces crêpes sur mesure, plutôt chic et bon genre, aux produits nobles.

Comp 1

Le problème c'est que cette fameuse crêpe, la Rolls de la galette, on n'en voit point. Serait-ce cette chose ingrate, aplatie, présentée ouverte (ce qui ne donne franchement pas envie), archi cuite, sèche et sans goût qui figure sur la carte précédé de l'intitulé «Complète» (11,50 €, jambon des Lepage, tome de Marie, comme ça on saura tout) ? Appelle-t-on ici une crêpe cette chose dont on retrouve à peine la présence de beurre salé, cette chose qui compte si peu de fromage, à l’extérieur de laquelle est reléguée la tranche de jambon dont on se demande par quel mystère elle a taillé la route ? Un mystère qui reste entier puisque concernant une autre galette, la saucisse grillée sur feu de bois des mêmes Lepage se la joue également perso et végète dans son coin, entière, comme une énigme. Au passage, on s'amusera de la minuscule salade de jeunes pousses (trois feuilles, le petit clin d’œil d'inspiration japonaise qui fait toujours son petit effet - pense-t-on) aromatisée à l'huile de noix qui accompagne ces horreurs.

Comp 2

La crêpe sucrée (au chocolat de Sao Tomé 67%, Villa Gracinda – allons bon) réussit l’exploit d'être pire encore: si auparavant on avait l'impression de mâcher du papier kraft, on a cette fois-ci l'impression de plonger les dents dan un tissu rêche, râpeux traversé d'un chocolat fade, sans robustesse (67% pourtant) qui nous laisse à penser qu'il y a erreur sur la marchandise. L'affaire est pliée en trois coups de fourchette et se facture tout de même à 8 € … Cher payé pour une crêpe qu'on pressent cuite à l'avance et réchauffée (on nous assurera bien entendu du contraire). N'en déplaise à la Compagnie, on lui préfère encore les crêpes des rue d'Odessa et du Montparnasse, voir les bombes de Josselin, autrement plus généreuses (générosité n'est pas que quantité) et plus sympathiques, lesquelles au moins ne brillent pas par leur suffisance et leur splendide amateurisme.

 

La Compagnie de Bretagne

9 rue de l'Ecole de Médecine

75006 Paris

01 43 29 39 00

www.compagnie-de-bretagne.com

 

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Published by Foodinandout - dans Cuisine Française
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commentaires

rosemary 28/07/2011


Donc je retourne au Breizh café pour leur crêpe au beurre d'algue.
Oui, Modica c'est vraiment bien, mais Noto, c'est encore plus beau. La Sicile baroque est magnifique.
Taormina, il y a l'enclave du bar du San Dommenico, et aussi la taverne dell' Etna dans le village de Castelmola situé juste en haut.
Les adresses à paris, je sèche actuellement. En ce moment il n'y a plus de cuisine, juste des produits.


pascal 28/07/2011


en effet j ai ete mange cette semaine dans cet endroit dont on faisait beaucoup d eloges et bien tout simplement decu.... quel etonnement lorsque j ai eu la fameuse complete dans mon assiette toute
seche peu de fromage et ce bout de jambon a cote quel deception;..!! nous passons ensuite sur une sardine grille tres bonne ms tres legere et finissons sur une beurre sucre deja prete au dessus du
tas(menage oblige peut etre lol) rechauffer tambour battant pour que cet equipe de cuisine quitte le poste voila deception totale prefere breizh cafe et ses galettes un regal;..


Isabelle 04/09/2011


Le concept avait l'air foireux, c'est confirmé, merci, cela m'évite une déception et un porte monnaie qui crit au vol!


lilibox 15/09/2011


entièrement d'accord avec toi.
http://myfoodbox.blogspot.com/2011/09/se-creper-ou-pas-les-papilles-la.html


Les Tasters 14/11/2011


Les avis et critiques sur les crêperies sont malheureusement souvent assassines. Même les bretons se déchirent. Doit-elle être sèche ou grasse, fines ou épaisses?
Considérons qu'il y a plusieurs manières de les apprécier et les avoir épaisses et beurrés n'est pas la règle mais une tradition. Aujourd'hui, les crêpes sont gastronomiques et tout change, et tout
DOIT changer.
En Bretagne, la galette-saucisse(un grand classique), c'est une galette et une saucisse, point barre. Pour les autres, on les gave de fromage(indigeste) pour faire du volume et masquer la pauvreté
des produits premier prix.
Ici, on savoure délicatement. Alors oui c'est sophistiqué (et pourquoi pas?)et oui c'est moins gourmand que Breihz Café qui reste, je vous l'accorde, la meilleure crêperie de Paris(et de Cancale!)
mais je préfère encore ça aux crêpes foutage-de-gueule attrape-touristes qui représente la majorité des établissements(Bretagne comprise) avec un prix relatif à la déco et à la qualité des
produits. Combien coûte un tea time ou la crêpe-partie du Prince de Galles? A notre passage, l'un avait apprécié et pas l'autre. En revanche, l'adresse est sincère. A Montmartre, c'est du
bidon.
Je suis d'accord avec beaucoup de points de l'article, je pense juste que, savoir ce que l'on attend d'une crêperie est déterminant et que zéro pointé, c'est dur.
Et contrairement à ce que l'on pense, les bretons n'ont aucune leçon à donner et ne s'y connaissent pas plus que ça (poser leur des questions sur le sarrasin, les moulins, les différents beurres,
etc...)
http://lestasters.blogspot.com/2011/11/la-compagnie-de-bretagne.html


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