4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 14:11

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Lors de ma récente escapade japonaise, ma route croisait souvent celle des maisons de thé. Il n’y avait aucun hasard à cela. Jalonner mon parcours de pavillons de thé, en faire un rendez-vous récurent, était l’un des motifs de ce voyage. De longs mois déjà que Le livre du thé d’Okakura Kakuzô était mon livre de chevet dont je pouvais presque citer de mémoire certains passages.

La première de ces maisons de la vacuité qui s’offrit à mon regard était située dans un coin reculé du jardin Koraku-en à Okayama. Curieusement, la somme de textes que j’avais étudié, qui semblaient pourtant m’avoir préparé au dépouillement, à l’austérité aride de l’intérieur comme de l’extérieur de ces pavillons, sembla s’évaporer dès l’instant ou mes yeux se portèrent sur l’humble et très modeste construction de bois et de chaume.

Je restais stupéfait devant l’austérité cette maison qui aurait très bien pu passer inaperçue tant elle se fondait dans la forêt de bambous. Pourtant, dans son étude, Okakura ne souligne-t-il pas que «dans la chambre du thé, la fugacité du vivant se voit suggérée par le toit de chaume, sa fragilité par des piliers élancés, sa légèreté par les poteaux de bambous et son apparente insouciance par l’usage de matériaux ordinaires. Pour ce qui est de l’éternité, elle réside uniquement dans l’esprit qui, dès lors qu’il s’incarne en pareille simplicité, l’éclaire à la lumière subtile de son raffinement.»

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Quelques jours tard, dans le jardin d' Adachi, après avoir fait le tour de la maison de thé Juryu-an qui est une reproduction de celle de Shokin-tei de Katsura-Rikyu située dans la Villa Impériale de Katsura à Kyoto, je pénétrais dans l’une d’entre elle afin d’y faire l’expérience par moi-même de l’extrême simplicité de ces espaces et me confronter aux descriptions très précises qu’en faisait Okakura dans son ouvrage.

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Le dépouillement des pièces, leurs simplicité ornementale me troublèrent moins que celle du bâtiment qui semblait une nouvelle fois flotter dans l’espace, petite chose fragile éphémère, destinée seule à «accueillir une impulsion poétique.» Peut-être étais-je mieux préparé cette fois-ci, à force de m’être tant projeté dans l’une se ces pièces d’une épure totale à l’exception d’une fleur, son vase, une œuvre peinte. Okakura nous le rappelle, «la simplicité dévolue à la chambre de thé, et son absence de toute vulgarité en font un véritable sanctuaire contre les tourments du monde. Là, et là seulement, nous pouvons nous consacrer sans le moindre trouble à l’adoration du beau.»

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Ma route croisa de nombreuses maisons de thé dont la dernière me mena, par le plus grand des hasards jusqu’au temple de Daitokuji, à Kyoto, ou repose le grand maitre Rikyû tant évoqué dans Le livre du thé. Une manière de boucler la boucle.

 

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Published by Foodinandout - dans Japon
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