31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 08:40

Toraya 1

Au Japon, la famille, les amis d'Hiromi se retrouvent après le travail sous les cerisiers dont la floraison atteint ces jours ci sa pleine puissance. Cette jolie et poignante manifestation de l'éphémère auquel les japonais sont très attentifs est attendue chaque année et appréciée au point que l'on se presse en masse sous les arbres, dans les allées qui succombent au sakura zensen, ce front des fleurs de cerisiers dont l'agence nationale de météorologie relaie en permanence l'avancée du nord au sud, d'Okinawa à Hokkaido. A Paris, le salon de thé japonais Toraya (le premier à Paris à avoir ouvert ses portes en 1980), dont la carte de wagashi - les pâtisseries japonaises traditionnelles - est comme il se doit rythmée par les saisons, célèbre à sa manière cet événement avec quatre Namagashi (gâteaux frais de saison) qui soulignent combien l'aspect visuel dans la gastronomie japonaise importe tout autant que le plaisir gustatif.

 La première semaine, mon choix se porte sur l'intrigant Tôzakura (horizon de cerisiers en fleurs: truffe de vermicelles blancs et rose en azuki blancs, fourrée à la pâte d'azuki rouges entiers). Celui-ci fond dans la bouche sans impressionner ni convaincre. La semaine suivante, le Sakura Mochi (délice de cerisier: fine crêpe de farine de riz fourrée d'azuki rouges en purée, recouverte d'une feuille de cerisier), ravissant au point d'en faire scintiller les yeux d'envie, s'avère bien plus réjouissant pour mon palais qu'il parvient à enchanter au point que les saveurs semblent comme fixées pour longtemps sur le bout de ma langue.  

Toraya 2

Ce même jour, je quittais le très respectable salon de thé Toraya pour traverser la Seine et me rendre à la Maison de la Culture du Japon - sorte de nuage posé sur les quais – ou j'assistais pour la première fois à une représentation de Rakugo. C'était au milieu de la scène nue, un conteur assis sur un coussin, en seiza. Vêtu d'un kimono, ce dernier n'a pour accessoire qu'un éventail et un essuie main qui l'aident à évoquer les situations ou les objets les plus divers. Par exemple, l'essuie main deviendra un livre, une lettre quand l'éventail suggérera le pinceau, la pipe à tabac, la canne à pêche ou les baguettes. Malgré cette sobriété, le maitre de cet art de la parole, incarnant à la fois le locuteur et l'interlocuteur, parvient sans peine à faire surgir une multitude de personnages du petit peuple de l'ère Edo. Incarnant tous les rôles, il passe de l'un à l'autre en modifiant sa voix, en tournant la tête, d'un simple geste. 

Rakugo

Le Rakugo puise ses origines dans les textes sacrés desquels il a fini par s' éloigner pour privilégier une narration plus distrayante, résolument ancrée dans le profane. Des salles spécialisées (yosen) ouvrirent un peu partout, permettant aux fonctionnaires, petits-bourgeois et gens du peuple de se détendre en riant tout en appréciant les performances du conteur dont les histoires sont bien connues de tous. En effet, on ne vient pas tant au Rakugo pour les histoires que pour la manière dont celles-ci sont narrées, pour les performances d'acteur. C'en était, au fil de cette soirée riche en surprises, la belle illustration.


 

Toraya

10 rue St Florentin

75001 Paris

Tel: 01 41 60 13 00

http://www.toraya-group.co.jp/paris/index.html

 

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Published by Foodinandout - dans Cuisine Japonaise
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