Vendredi 4 mars 2011
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/2011 15:08
Si Phan Don, « 4000 îles» est un archipel qui s’étire sur plus de 50 km au milieu du Mékong jusqu’à venir chatouiller les
flancs du Cambodge. Durant la saison des pluies, le fleuve jaune y atteint sa plus grande largeur sur son cours de 4350 km, quand en saison sèche il se réduit à peau de chagrin laissant
apparaitre des milliers d’îles et d’îlots qui n‘est pas le moins féérique des spectacles.
Féérique, l’île de Don Khon l’est tout autant, avec ses cascades, ses rizières, ses hameaux, ses poches de forêt primaire,
ses plages de sable qui scintillent sous l’effet conjugué du soleil et des paillettes d’or (hélas sans valeur). En revanche, on y mange passablement, ce qui n’est pas une si mauvaise chose en soi
puisque l’occasion est toute trouvée de faire un pas de côté et de se tourner vers une cuisine étrangère, par exemple indienne, chez Jasmin sur l’île voisine de Don Det, à la pointe nord de l’île
ou pour peu que l’on prenne son mal en patience on se verra servir un repas exceptionnel dont chaque plat est cuisiné à la minute avec des produits locaux cuits à la perfection et des sauces
savoureuses, toujours légères et subtilement épicées à l’image de ce mix raitha ou de cet aloo do piaz qui étaient un régal à manger avec les naan.
Philippe, chef globe trotter et fin connaisseur de la gastronomie indienne m’assura qu’il avait rarement gouté une cuisine
indienne de cette trempe. Ce qui était également mon cas.
Jasmin Indian restaurant
Don Det, pointe nord de l’île
Par Foodinandout
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Mardi 1 mars 2011
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/2011 04:21
Le sol fertile du plateau des Boloven qui s’étend au nord-est de la province de Champasak jusqu’au Salavan et au Sekong,
produit outre la cardamone, le rotin et le poivre, un arabica qui compte parmi les plus prisés de la planète. Il se dit de cet arabica typica introduit par les cafetiers français aux
toutes premières années de 1900 qu’il serait le «champagne des cafés», une réputation qui est loin d’être usurpée à en croire un jeune planteur hollandais rencontré à Paksong.
Cet arabica, on le voit sécher au bord de la route et prend quelques fois des couleurs bien singulières qui sont un délice
pour les yeux. Pour avoir traversé à pied nombre de plantations allant d’une petite parcelle à plusieurs hectares, j’ai vite pris conscience que la production de Kaa-Féh Lao était le ciment entre
différents villages, différentes communautés et groupes ethniques dont la plupart sont regroupés sous un projet de commerce équitable, à même titre que le thé, qui est plus mon affaire et pousse
également sur le plateau, principalement entre Paksé et Paksong.
Il se trouve justement sur ce plateau un homme délicieux, Monsieur Ong Ya, qui ne se vexera pas si vous
l’appelez Maitre. Sa ferme est située au kilomètre 36.
Elle n’est pas grande mais n’est pas minuscule non plus et grâce à un travail constant, des soins de chaque instant et un
mode de production 100% artisanal, elle se paye le luxe de produire un thé vert à la fois frais, fruité et amer que Yu Lu, le premier grand maître de thé qui vécut en Chine au 8è siècle aurait
jugé excellent puisque organisé autour de pôles amer et doux qui sont selon lui la garantie d’un beau thé.
Les fermiers voisins ou les touristes thaïlandais ne s’y trompent pas qui rendent fréquemment visite au Maitre, histoire de
siroter une tasse de ce nectar et de se promener dans la ferme, se glisser entre les théiers qu‘ici séparent une petite allée en terre.
Par Foodinandout
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Mardi 1 mars 2011
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/2011 01:27
Je sentais depuis quelques temps l’expérience vietnamienne me souffler dans le cou. Le hasard voulut qu’un midi, à
l’instant même ou je me remémorai quelque soupe avalée dans un marché de Saigon, je passe devant une cantine vietnamienne.
Aussi, ne fus-je pas long à hésiter avant de pénétrer dans la salle et de me glisser à une table, pointant vulgairement du
doigt le plat désiré qui était celui que la quasi-totalité des habitués tenaient à portée de baguette. C’était également le moment que je me sentais coller au plus près du «barbare en Asie» dont
Michaux dresse un réjouissant portrait dans son livre éponyme. De certaines manières brutales, je semblais être incapable de me défaire. Ainsi le doigt tendu qui pointe, isole, condamne, quand je
m’efforce au contraire d’avoir plus d’emprise sur moi-même, d’être moins indélicat.
Le nem neung est un grand classique qui est un jeu d’assemblage, d’empilage plus ou moins raisonné. La règle est qu’il n’y
a pas de règle, exactement comme pour le maniement des baguettes, quoi qu‘on en dise.
A l’aide de ma fourchette, je tranche un morceau de brochette de porc que je dépose au centre d’une feuille de salade,
elle-même posée sur une feuille de riz souple et translucide (parcequ’immergée quelques minutes dans un petit bol d’eau) et j’ajoute de la coriandre, de la menthe, de l’ail et enfin une sauce aux
cacahuètes mi-salée mi-sucrée, avant de rouler le tout comme je peux, c’est-à-dire une fois sur deux bien proprement ou lamentablement, ce qui est égal tout compte fait, l’échec faisant partie du
jeu, auquel nombre de clients semblent prendre un plaisir certain, qu’on voit se vautrer aussi superbement que moi et rire de leur maladresse qui n’en est pas ou alors si peu.
Ce n’est pas faux que nous sommes un peu des enfants dans cette cantine pleine à craquer et diablement et vivante, et que
les passants nous jalousent, qui ont l’impression de nous voir danser sur un nuage.
Par odinandout
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Vendredi 25 février 2011
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/2011 03:36
Ventiane ne manque pas de cafés et de pâtisseries françaises. Au hasard, le Banneton, qui s’avère un excellent choix, ce
jour que je passais dans cette rue écrasée de chaleur.
L’idée n'est pas saugrenue de m’installer en terrasse pour me rafraichir d’une thé glacé au citron
servi par une délicieuse jeune femme dont le balancement des hanches me rappelle celui de Gene Tierney dans Laura.
J’aime tant ce lieu que le lendemain matin j’y retourne prendre le petit déjeuner.
Un délicieux chocolat chaud accompagné d’un pain au chocolat tout ce qu’il y a de plus croustillant et fondant.
Après avoir paressé à la terrasse fraiche du Banneton puis m’être fait violence pour quitter ma chaise et
m’en aller visiter le temple voisin qui abrite une école, je me dirige vers les quais longeant le Mékong dont il ne reste qu’un filet perdu dans l’immensité sablonneuse.
On dirait un résidu d’eau tiède oublié au fond d’une baignoire. La chaleur de fournaise se passe de me
rappeler que nous sommes en hiver, autrement dit en pleine saison sèche, ce qui n’empêche pas certains citadins de s’adonner à leur gymnastique quotidienne et les enfants de se fendre d’une
sortie éducative.
Le Banneton
Rue Nokeokoumane
Ventiane
Par Foodinandout
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Jeudi 24 février 2011
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/2011 03:50
Voilà le poisson comme je l’aime: avec une fine croute de sel, donnant l’illusion d’être figé dans son linceul mais encore
dans son mouvement, comme accroché vaillamment à la vie chaque fois que les baguettes viennent lui chatouiller les flancs, lui ausculter les joues.
La peau est croquante, ou presque. Elle se décolle de la chair, entrainant avec elle quelques grains de sel qui craquent
sous la dent, provoquent inévitablement une soif que je soulage avec un jus de pastèque. La chair en question est blanche, ferme et délicate en bouche, parfumée d’un généreux bouquet de
citronnelle inséré dans le poisson et qui jaillit quelquefois de sa mâchoire.
Dans ce petit restaurant en bordure du Mékong, on a pris le soin de découper la peau, plus cuite et croustillante encore
qu’elle ne le pouvait être à Vang Vieng. C’est une incision minutieuse, chirurgicale qui ne m’enchante pas (j’aime par-dessus tout cette étape émouvante ou à l’aide de mes baguettes, du pouce et
de l’index, je fais passer la chair blanche du poisson de l’invisible au visible) mais qui facilite néanmoins son approche.
Ce serait folie, me dis-je chaque fois, d’en tremper quelque morceau dans cette coupelle de sauce pimentée qui accompagne
le poisson. Je préfère le savourer comme il se présente, au naturel, qui est la meilleure manière de lui rendre hommage, d‘autant plus que ces délicieux parfums de citronnelle l‘habillent d‘une
robe de bal. On croirait cette association la définition du bonheur.
Par Foodinandout
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