On appelle ça une masure. Moi, j’appelle ça le paradis, pour autant que le sentiment du voyage qui en habite chaque mettre carré en soit un.
Qu’on se représente un espace de 650 m2 posé aux pieds du Canal Saint Martin, composé d’une succession de salles rustique et rétro mises en valeur par l’Agence Secousse, agence artistique vouée corps et âme à l’art exotique situé à mille lieux de l‘esthétique ethno-chic qui sévit actuellement.
Au centre, un jardin «endémique», revêche, hostile et grinçant parce qu’investi d’herbes folles et parait-il mauvaises. A l’homme de se fondre dans la nature et d’y trouver sa place, lui et sa bière africaine.
L’air de rien, cette petite jungle est le poumon de cette brocante qui n’en est pas une, la meilleure porte d’entrée pour comprendre la démarche de ce lieu dédié à l’économie solidaire et écolo responsable (récupération des eaux de pluie, matériaux recyclés, produits bio).
Véritable cathédrale de récup’ placée sous le signe de l’Afrique post coloniale, de la libre circulation et du libre échange (stupéfiant, voir quasi inconcevable de nos jours cette facilité que nous avons de nous mouvoir en toute liberté dans le dédale de cette oasis poussiéreuse sans jamais rencontrer d’obstacle au hasard de ces lieux en perpétuel mouvement, qui se régénèrent d’eux-mêmes, affranchis de toutes barrières et ou le curieux a tout loisir de se fondre dans l’espace, de toucher les objets, les déplacer à sa guise, les approprier).
S’il est une voix à laquelle on pense immédiatement dans cette grande salle de réception qui est autant une salle de conférence qu‘une salle de classe, c’est bien celle du conteur et grand défenseur de la tradition orale Hampaté Bâ, «diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs». Une photographie, ce serait celle extraite d’un album du malien Malik Sidibé. Des images d’Afrique se superposent aux objets et intérieurs reconstitués, disons réinventés, qui s‘animent presque à notre passage - on n’y peut rien, on se laisse faire, charmé.
Pour réaliser l’ampleur du phénomène et l‘attachement voir la fascination qu‘on éprouve immédiatement pour dès qu’on pousse la porte du Comptoir, autant faire le tour du propriétaire.
C’est ici une partie de la salle de classe ou la nature tend à reprendre ses droits.
Le cabinet de sorcellerie de Maissa Toulet qui ne manque pas de pièces mémorables.
Le studio photo dans lequel pourrait avoir sévi Malik Sidibé, portraitiste de la société malienne des années 60, chroniqueur des nuits enfiévrées de Bamako.
Le salon de coiffure dans lequel, avachi sur un Chesterfield exténué je goûte le bobun sans grand intérêt (ma préférence allait au curry de crevettes hélas indisponible) arrosé d’un jus de bissap.
C’est mister Hung, déboulant sur coups de 13 heures avec son chariot qui assure la restauration, des tartines étant également proposées au bar qui consistent en une baguette entière accompagnée d’un pot de pâté ou de rillettes, plutôt rigolo et sympathique.
On termine avec le centre des objets perdus, soit la reconstitution criante d’authenticité d’une épicerie typique africaine. Ne manque plus qu’un peu de sable sur le parquet, la présence de poussière en suspension chassée par les jambes des danseurs qui se déhanchent au rythme de la rumba congolaise pour que l’illusion soir totale. C’était ce jour là un peu de l’Afrique qu’on sentait vibrer sous nos pieds.
Comptoir Général
80 quai de Jemmapes
75010 Paris
Ouvert du vendredi au dimanche de 11h à 23h
Site: lecomptoirgeneral.com
Site: secousse.org