Déjà que Galle me rappelait par moments Essaouira. Ancienne ville marchande déployée autour de son port de pêche, son fort et ses murailles, ses sociétés d'export, ses administrations et ses chemins de ronde, Galle possède également un petit air de Saint Malo.
Un couple d'expatriés nous raconte avec moult détails et une puissance d'évocation digne des Mac Orlan et des Garneray, comment en période de mousson l'ancien comptoir hollandais est submergé par la pluie, battu par les rafales de vent salé qui griffent ses remparts, déchiquettent les toitures. «Pour tout dire, la belle saison on s'ennuie un peu.»
Galle ville ennuyeuse? Ce n'est pas faux. Les anciens bâtiments coloniaux hollandais dont un grand nombre ont fait l’objet de rénovations spectaculaires pour être réhabilités en boutique chic et «éthique», en hôtels de charme ou en inévitables restaurant/bar/lounge, ainsi que les entrepôts d'épice réappropriés depuis à des fins administratives; ont définitivement plongé la ville fortifiée dans une léthargie dont il y a peu de chances qu'elle s’extirpe un jour.
Mortifiée de l'intérieur, sacrifiée au tourisme de luxe, Galle vibre uniquement à l’extérieur de ses fortifications, principalement autour de son marché, de sa gare routière et sa promenade ou elle est en permanente ébullition. En réalité, c'est comme si elle passait du jour à la nuit.
Mais alors, le Maroc? C'est que
justement dans cette gargote parachutée on ignore comment au beau milieu d'une rue endormie du fort, on tombe, incrédule, sur une sorte de baghir («crêpe aux mille trous») fourrée de miel et de gingembre puis roulée. C'est
divinement bon: on en mange quatre qu'on fait passer avec du thé. Et reviennent en mémoire des petits déjeuners composés de ces mêmes baghir... à Essaouira, à Fès, à Marrakech, villes également de remparts en lutte incessante
contre la férocité du climat et l'avidité des promoteurs.